PRH (Personnalité et Relations Humaines), Formation et Développement à partir de la perspective psychiatrique.

Ángel Moríñigo, médecin psychiatre. Étude de psychiatrie (www.e-psiquiatria.com) et (www.e-psiquiatria.com) et Université de Séville.

RÉSUMÉ
L’auteur, psychiatre professionnel, nous fait connaître son expérience de la méthode PRH : il évalue de manière positive la méthode PRH, en tant que méthode facile et pédagogiquement claire ; il le fait partant de sa vision humaniste et, tout particulièrement, remarquant et faisant appel à la complémentarité avec les traitements psychiatriques (souvent pharmacologiques).

 

1. INTRODUCTION

Cela fait plusieurs années que j’ai commencé ma formation PRH, en faisant la session de base Qui suis-je ? Ma motivation pour la formation et pour mon propre développement a toujours été importante, mais la session a eu en moi beaucoup d’impact, et elle m’a beaucoup aidé, surtout par la découverte d’une méthode facile, et bien construite pédagogiquement, qui pourrait aider de nombreuses personnes. Et comme on ne se dégage jamais tout à fait de son rôle professionnel, et spécialement face à certains sujets, j’ai nécessairement pensé à mes patients, après avoir vu l’utilité de la session pour moi-même.

J’ai continué pendant un bon moment ma formation personnelle, en faisant d’autres sessions et en pratiquant la méthode par moi-même et avec de l’aide. L’aide d’un accompagnateur qui est formateur est essentielle, mais PRH a, d’après moi, un grand avantage, c’est qu’il permet, en plus, de travailler de manière autonome.

Dès le début, la clarté pédagogique de la méthode m’a beaucoup intéressé et, surtout la vision humaniste, illustrée par le respect total de la personne et de sa liberté.

A titre de médecin psychiatre j’ai recommandé fréquemment à mes patients l’utilisation de bilans personnels et de la méthode de discernement. J’utilise également ces moyens pour moi-même dans ma vie personnelle lorsque j’en ai besoin.

 

2. LES AVANTAGES DE LA FORMATION PRH POUR LA SANTÉ MENTALE

Dans le cadre de mon travail, j’ai recommandé à plusieurs de mes patients de suivre la formation PRH et j’ai pu en vérifier les résultats. Car aujourd’hui en psychiatrie clinique, nous devons toujours évaluer les résultats des divers traitements biologiques ou psychologiques et utiliser ceux qui sont réellement efficaces.

Beaucoup de patients avec des troubles de la personnalité, que ce soit de l’immaturité, de la dépendance ou de l’instabilité émotionnelle peuvent bénéficier des avantages de la méthode PRH et de ses sessions.

J’ai également vu de bons résultats chez les personnes souffrant de troubles anxieux, surtout après la phase aiguë comportant des crises paroxystiques qui limitent énormément le fonctionnement général du patient et également sa capacité d’effectuer un travail au niveau psychologique.

Plusieurs troubles adaptatifs, dus à des situations de stress et/ou à des conflits peuvent également tirer profit de la méthode PRH.

Les patients souffrant de dépression, spécialement les patients dismitiques, chez qui on retrouve souvent des facteurs de personnalité qui influent sur la permanence des symptômes et sur leur chronicité, peuvent également tirer profit de la méthode.

Tout ce que je viens de mentionner doit se faire, à mon avis,en même temps que le traitement psychiatrique et souvent pharmacologique. Aujourd’hui les psychothérapies ne sont plus opposées à l’usage de médicaments, au contraire: la pharmacothérapie et la psychothérapie sont deux traitements qui, lorsqu’ils sont associés, offrent les meilleurs résultats et c’est ce que tout thérapeute recherche pour ses patients.

Mon expérience me prouve l’entière compatibilité du traitement psychiatrique avec la méthode PRH.

Cependant il peut y avoir certaines limites. Les patients souffrant de troubles mentaux graves, avec des psychoses, tant schizophréniques qu’affectives, ou souffrant de sévères troubles de la personnalité (trouble limite ou borderline), ou avec troubles anxieux graves (troubles obsessifs compulsifs par exemple), peuvent éprouver des difficultés à utiliser la méthode PRH, à moins qu’ils bénéficient d’un état très stable de leur pathologie, car il est évident que durant les phases aiguës de leur maladie leur capacité d’introspection nécessaire à l’utilisation de la méthode PRH est très limitée. Les dépressions sévères avec risques suicidaires, présentant des symptômes psychotiques ou résistant aux traitements psychiatriques doivent également être exclues.

Un autre point important est le rôle des formateurs PRH, leur capacité à donner cette formation est déterminante. PRH prend soin de la sélection et de la formation continue de ses formateurs et doit continuer à le faire. Une vision adéquate au niveau psychopathologique et une formation en ce domaine, où ils sont parfois confrontés, ne devrait pas être secondaire.

 

3. LA SPÉCIFICITÉ ET LES APPORTS DE LA FORMATION PRH

La structure psychologique de l’être humain et le schéma de la personne.

Comme je l’ai signalé auparavant, PRH s’inscrit, selon mon point de vue, dans le courant de la psychologie humaniste même s’il ajoute des éléments qui proviennent aussi de la psychanalyse.

PRH repose sur une vision très concrète de la personne, explicitant le fonctionnement des mécanismes de la personnalité et de son développement, ce qui permet de différencier ce qui est normal de ce qui est désajusté.

L’instrument de l’analyse des sensations internes de type psychologique.

Indépendamment de la situation qui la déclenche, ce qui importe à PRH c’est le « vécu », la sensation psychologique que l’individu vit dans cette situation. L’apprentissage de cette forme d’analyse est fondamental pour celui qui désire se connaître, entrer dans la méthode et avancer dans son développement psychologique et personnel.

L’analyse des Réactions Disproportionnées et Répétitives qui sont reliées avec ce qui est décrit précédemment est l’un des axes essentiels de la méthode PRH et, selon moi, un de ses grands apports. Cette forme d’analyse s’apprend méthodiquement tout au long des sessions qui jalonnent la Formation PRH.

Les sessions

Le fonctionnement du corps, de l’affectivité, de la personnalité, de la vie en groupe, de la vie en couple, de la gestion de sa propre croissance, sont quelques-uns des thèmes qui sont abordés dans les sessions. En quelques jours, elles permettent de connaître la méthode et d’avancer dans sa maîtrise.

Les instruments du discernement et des bilans personnels déjà mentionnés sont des parties importantes de cette méthode.

Les sessions sont de plus une bonne opportunité de partager en groupe.

La relation d’aide
C’est la méthode spécifique de PRH pour continuer à avancer après les sessions, peu à peu à mesure qu’on en fait. La relation client-conseiller peut arriver au niveau d’une relation thérapeutique, le client demeurant toujours autonome et maître de la situation.

Ici sont ESSENTIELLES les attitudes intérieures du formateur/conseiller qui doit être une personne particulièrement bien formée, présentant un haut niveau de valeur morale. L’authenticité, le respect de la liberté, la bienveillance sont chez les conseillers des valeurs centrales.

 

4. CONCLUSION

– PRH est une formation de base qui aide un développement et une croissance personnelle. Cette formation possède une grande justesse psychologique. Sa méthode constitue une authentique Psychopédagogie qui nous rend capables de nous connaître en notre personnalité et de mieux gérer notre manière d’agir.

– Les psychothérapies aujourd’hui ne sont pas considérées comme ennemis des traitements psychiatriques. Ces deux formes de traitement, psychothérapeutiques et psychopharmacologiques doivent se pratiquer conjointement.

– Plusieurs patients ayant des diagnostics psychiatriques comme dépression simple, trouble anxieux, divers troubles de la personnalité, troubles adaptatifs (dus à des situations de stress) ou autres, peuvent bénéficier de la formation PRH. Cela doit se faire dans la majorité des cas conjointement avec un traitement psychiatrique adéquat.

– Les formateurs PRH doivent être formés afin de pouvoir repérer une pathologie psychiatrique importante, grave, pouvant provoquer des sévères altérations de la conscience, de l’introspection et du discernement, empêchant ainsi de poursuivre et de bénéficier de la méthode. De toutes façons, ce type de patient doit être évalué individuellement et en collaboration avec son médecin psychiatre.

– Les cas de psychose, spécialement durant leurs phases aiguës, et les troubles graves de la personnalité (limite/borderline) doivent être exclus, ou analysés avec beaucoup d’attention, pour déterminer si un patient peut bénéficier ou pas de la formation PRH.

– Les patients avec un grand risque suicidaire et/ou souffrant de dépressions graves doivent également être exclus de ce type de formation.

 

BIBLIOGRAPHIE

– M. Lamarche. La Formation PRH. Publications PRH España, 1991.

– La personne et sa croissance. Oeuvre collective réalisée par PRH-International. Poitiers, France,1997.

– Pour que la vie reprenne ses droits. Oeuvre collective réalisée par PRH-International. Poitiers, France, 2002.

Luis Aviles, formateur PRH, fait une réflexion sur les difficultés (parfois, aversion) existantes dans la personne pour le changement, et qui est un autre mécanisme de défense chez l’être humain.

Face à cela il souligne l’importance de se situer en attitude de changement : à partir de la disposition naturelle qui est à l’intérieur de la personne, comme aspiration et besoin profond et comme besoin d’adaptation à la nouvelle réalité qui surgit conti-nuellement dans notre vie. Pour avancer.

Cela laisse un final ouvert : « Changer pour avancer vers l’avant. Mais… vers où ? » (À traiter dans un autre article).

Très souvent nous entendons des expressions de ce genre : « je suis comme ça et je ne changerai pas à ce stade de ma vie », « je suis déjà très âgé pour changer », « c’est mon caractère et je ne changerai pas », etc. Ce sont des expressions qui manifestent la difficulté à se laisser questionner, à essayer d’améliorer et à réaliser des changements dans le comportement, les attitudes ou les croyances.

À PRH nous observons qu’il y a des personnes très réticentes à réaliser des changements dans leur façon de vivre. Ce sont des personnes qui ont du mal à agir autrement face à des problèmes et à des difficultés. Pour qui il n’est pas facile de pratiquer une rééducation des fonctionnements et des mauvaises habitudes négatives, ni commencer à utiliser de « nouveaux chemins » pour faire face à certaines circonstances et situations. Et elles trébuchent « maintes et maintes fois sur la même pierre », en paraphrasant l’adage. Elles ont une grande aversion au changement. Tous les êtres humains ont une plus ou moins grande disposition à l’évolution et au changement, ce qui représente un frein important pour la croissance si la résistance au changement est grande.

 

MAIS POURQUOI CHANGER?

Il ne s’agit pas de changer pour changer. Si ce que nous faisons nous est utile et satisfaisant pour vivre, il n’en faut pas plus. Il est adéquat de faire des changements dans notre comportement, dans notre manière d’être et de faire, lorsque ce que nous faisons habituellement ne nous aide pas à faire face de manière adéquate à la situation que nous devons affronter. Il convient alors de changer, c’est-à-dire, de réaliser un processus d’adaptation à la réalité présente. Changer c’est donc nous adapter à la réalité pour trouver une réponse appropriée et satisfaisante, qui nous permette de la vivre de manière constructive, avec dignité et mettant en jeu nos capacités et nos ressources. Voilà ce qu’est évoluer de manière progressive et adaptative.

Alors, à quoi est due cette difficulté pour le changement chez l’être humain?

Il y a plusieurs éléments qui ont une incidence sur cela:

  • L’économie d’énergie psychique de l’individu.
  • La sécurité qu’apporte ce qui est connu.
  • Le manque de motivation pour entreprendre quelque chose de différent.
  • La méconnaissance sur comment changer.
  • La croyance qu’il n’est pas possible de changer.
  • Une éducation fermée et rigide.

L’économie d’énergie psychique de l’individu

Nous pouvons affirmer que l’être humain est un animal d’habitudes. Il tend à générer des routines et des habitudes dans tous les domaines de la vie. L’habitude facilite la vie. C’est une tendance instinctive. C’est positif, puisque elle facilite la vie, mais dans certains cas ces routines peuvent devenir très dominantes, tyranniques et difficiles à abandonner, bien qu’elles ne soient pas nécessaires à certains moments.

Les routines supposent une économie d’énergie physique et mentale considérable. Changer comprend affronter quelque chose de neuf, et tous nous avons une expérience de ce que signifie faire ou vivre quelque chose de neuf. Lorsque nous vivons quelque chose de neuf, il nous faut faire plus attention à ce que nous faisons, nos sens sont plus actifs, une plus grande mobilisation émotionnelle, physique et mentale est nécessaire, et il peut apparaître plus de stress ou de tension que dans ce qui est routinier et répétitif. Ce qui est nouveau nous laisse la sensation d’avoir vécu davantage, mais cela suppose une plus grande fatigue. Par exemple, un voyage dans un lieu inconnu ou une activité que nous n’avons jamais réalisée nous épuise davantage bien que cela nous donne une sensation de vivre plus grande qu’au jour le jour. Una situation de nouveauté continuelle dans le temps ne serait pas soutenable pour le psychisme humain. Cela nous épuiserait. C’est pourquoi nous tendons de manière instinctive à chercher la répétition, ce qui est connu, la routine et ce qui est habituel, au lieu de nous aventurer plus fréquemment dans ce qui est nouveau.

La sécurité qu’apporte ce qui est connu

Ce que nous faisons maintes et maintes fois nous donne sécurité. Ce que nous répétons, nous le maîtrisons, comprend moins de risques et il y a beaucoup moins de possibilités d’erreurs, d’échecs et d’imperfections. Cependant, ce qui est nouveau peut nous générer une certaine insécurité, inquiétude ou malaise, bien que ce soit léger. Il y a toujours un risque dans ce qui est nouveau. C’est « un melon à ouvrir », selon l’adage populaire. Mais, en plus, ce que nous connaissons et répétons nous permet de développer des habilités et des capacités comprises dans cette routine, et cela génère une satisfaction personnelle, au-delà du fait que nous puissions être adroits dans des choses qui ne nous aident pas à bien affronter notre vie.

Le manque de motivation pour entreprendre quelque chose de différent

Un des éléments les plus décisifs dans la difficulté à incorporer le changement dans certains aspects de notre vie c’est le manque de motivation pour dépasser « le confort » de ce qui est connu et routinier même si ce n’est pas entièrement satisfaisant. C’est-à-dire lorsque la motivation intérieure, l’intérêt et la volonté de changer et de générer un comportement meilleur ne l’emportent pas sur les forces internes qui nous maintiennent dans le confort de l’habituel et du connu, même si cela est pire. C’est ce que dit l’adage : « mieux vaut le mal connu que le bien à connaître ». Bien que la manière de fonctionner que nous avons ne nous sert pas, ni nous aide pas voire nous nuit, nous la gardons. Pourquoi ? Parce qu’elle apporte un profit : tout comportement inadéquat ou négatif que nous ne sommes pas capables d’abandonner a quelques éléments de compensation ou de profit, conscients ou inconscients, subtils ou évidents. Ce « profit » entrave le changement et l’amélioration. Par exemple, nous savons que nous devons arrêter de fumer puisque cela nuit à notre santé, mais cependant nous sommes incapables d’arrêter. Quelque chose nous pousse à fumer encore : cela nous rassure, nous enlève une certaine anxiété, nous donne sécurité… Tel que celui-ci nous pouvons donner des exemples à l’infini.

La méconnaissance sur comment changer

Voici un autre des éléments plus influents qui est difficile pour le changement et l’évolution chez les personnes. Pour changer il faut connaître quoi changer, comment le faire et quoi « mettre » à la place de ce qu’on change. Même si cela se fait très souvent de manière instinctive, une formation qui facilite le changement, donne des repères, développe la capacité d’évolution et devient un élément très profitable. L’absence de formations concernant ce point est un handicap pour le développement et l’évolution des personnes dans une société. Des formations comme PRH comblent cette lacune et facilitent l’apprentissage du changement dans la vie des individus et des groupes.

La croyance qu’il n’est pas possible de changer.

Il y a des personnes qui résistent plus que d’autres à changer parce qu’elles ne croient pas en cette possibilité. Elles ont une image d’elles mêmes très rigide, fermée et peu évolutive. Elles ne considèrent pas qu’il est possible de changer certaines choses d’elles-mêmes. Parfois il ne leur vient même pas à l’esprit de l’envisager, telle est leur étroitesse d’esprit. D’autres, ne s’en croient pas capables ni ne voient la possibilité de faire des choses différentes de celles qu’elles font habituelle-ment. Ce phénomène s’accroît avec l’âge, puisque les routines s’enracinent et se renforcent au fil des années.

Une éducation fermée et rigide

L’éducation reçue a une influence sur la prédisposition ou non à changer. Une éducation ouverte, incitant à la croissance, dynamisante, voyant l’être humain comme un être évolutif fait que ceux qui la reçoivent soient plus favorables au changement que d’autres qui ont reçu une éducation plus fermée, statique et déterministe.

Tous ces éléments font que l’ouverture au changement, à la rénovation et la possible amélioration soient neutralisées, freinées ou bloquées.

 

ALORS, QU’EST-CE QUI NOUS FAIT CHANGER?

Plusieurs éléments favorisent le désir et la possibilité de changement. Ce sont:

  • l’aspiration ou besoin d’apprendre et d’améliorer;
  • le besoin d’adaptation à l’environnement et à la nouvelle réalité;
  • une éducation qui intègre le changement

L’aspiration ou le besoin d’apprendre et de s’améliorer: au plus profond de l’être humain, il y a un désir inné ou une aspiration à se développer et à grandir, à se mettre à jour et à se réaliser. A PRH, nous l’appelons le dynamisme de la croissance et nous le définissons dans le livre La personne et sa croissance comme : « force innée et imperceptible qui pousse la personne consciemment, ou malgré elle, à devenir ce qu’elle est potentiellement ». Cela mobilise et motive les gens à s’ouvrir à la nouveauté, à risquer d’être ou d’agir d’une autre manière inconnue et sans garantie de succès afin de réaliser ce potentiel caché en chaque être humain. Dans le livre, il est également souligné : « La santé psychologique d’un être humain ne peut être opérée que dans ce mouvement vers l’avant, donc dans le changement. De même, l’équilibre et l’harmonie ne peuvent être conçus comme quelque chose d’acquis, mais feront toujours l’objet de recherches qui tiennent compte de l’évolution personnelle et de l’environnement. » (p. 46). Par conséquent, l’amélioration psychique et sociale nécessite une vraie disposition à changer et à progresser.

Le besoin d’adaptation à l’environnement et à la nouvelle réalité: Il y a des événements qui se présentent à nous sans le vouloir et cela demande de les affronter et, même si jamais nous ne l’avons fait, exige un changement de mentalité et de comportement, d’attitude, etc. Selon comment nous vivons la vie, les expériences nous configurent au fur et à mesure et transforment notre manière de voir, de penser et de sentir. Tout au long de la vie nous nous confrontons à de nouvelles situations. Nous évoluons de bébé à enfant, puis à adolescent, jeune, adulte, personne âgée, et chaque étape arrive avec ses évolutions respectives et nécessaires et ses différences. Toute la vie est un processus continu qui requiert une adaptation et un changement continuels. Tout cela exige une attitude de désappropriation de ce qui est connu et de ce qui est sûr, pour faire face à la nouvelle situation présente l’abordant d’une manière différente.

En biologie, depuis Darwin, il est prouvé que les espèces qui survivent sont celles qui se sont adaptées plus facilement aux nouveaux milieux, tandis que celles qui n’ont pas été capables de s’adapter, ont disparu. C’est une loi de la nature. Règles de la réalité. Les circonstances nous obligent à utiliser de nouvelles formes dont nous n’avions pas eu besoin auparavant. La preuve en est que l’être humain est très capable de s’adapter à différents environnements et milieux. Depuis les froids extrêmes des zones polaires aux chaleurs extrêmes des déserts, depuis les situations et les réalités très amicales, à d’autres très hostiles et difficiles. Cela fait partie de la survie humaine.

Une éducation intégratrice du changement: un autre élément qui facilite le changement c’est d’inclure dans ses habitudes et ses routines, dans son train-train quotidien le fait d’être en évolution. Si nous nous habituons à « vivre en changeant », c’est-à-dire, dans un proces-sus continu d’avancement, d’amélioration personnelle et d’adaptation à la réalité actuelle, le changement ne représente pas un problème, mais une forme de vie et une satisfaction. À PRH nous disons que l’être humain est en évolution continue ou, tel qu’il est dit dans le livre « La per-sonne et sa croissance » : « la personne a la capacité d’évoluer tout au long de sa vie ». Inclure cette caractéristique dans l’éducation donnée dès les premières années de vie faciliterait à l’être humain son intégration dans sa manière d’être.

André Rochais, fondateur de PRH, disait dans une interview faite peu d’années avant sa mort : « Changer c’est abandonner les sécurités pour avancer vers l’avant, mais vers où ? ». Voilà la question que nous aborderons dans un prochain article.

Luis Avilés, Formateur PRH-Espagne

Une recherche bibliographique effectuée
par Thomas J. Wallenhorst, M.D, psychiatre, formateur PRH

 

RESUMÉ

Après avoir fait un parcours par différentes formations et thérapies (S. Freud, C. Rogers, E. Stein…), ce qui est spécifique de PRH entrerait dans le cadre des psychologies humanistes et positives en ce qui concerne l’être humain, considérant la personne non pas dans ses inadaptations mais comme des êtres s’ignorant eux-mêmes dans leur essence.

André Rochais a fait un travail de recherche basé sur la question « où faut-il toucher la personne pour qu’il y ait croissance ? » en créant une méthode originale et efficace pour cela.

 

INTRODUCTION

La présente méthode PRH se situe dans un courant des approches psychologiques de l’être humain qui font appel à son positif, de manière explicite. L’expérience et le ressenti ont ici une place importante, ce qui est abordé sous différents angles. Dans les recherches sélectionnées, apparaîtront les notions de croissance, de guérison, de travail sur soi, d’auto-formation, la notion de liberté et de responsabilité, les attitudes fondamentales dans la relation humaine, la quête du sens et l’ouverture à une transcendance.

Nous avons classé les différentes recherches selon qu’elles aient été menées avant les travaux d’André Rochais, qu’elles lui soient contemporaines ou postérieures.

Le monde intérieur de chacun, chacune est à la fois vaste et unique. L’analyse des sensations à contenu psychologique permet de l’occuper et de l’élargir.

Pour faciliter la lecture, nos commentaires sont mis en relief après chaque paragraphe, en italique.

 

RECHERCHES AVANT LE DEBUT DES TRAVAUX D’ANDRE ROCHAIS

Carl Rogers

André Rochais lui-même avait indiqué qu’il avait été influencé par les méthodes actives de l’époque après la deuxième guerre mondiale et plus particulièrement par l’affirmation de Carl Rogers : « le fond de l’être humain est positif ». Il a cependant entrepris sa propre recherche, exprimée dans une question : « Où faut-il toucher la personne pour qu’une croissance se produise ? » et une intention : « Comment transmettre des données psychologiques utiles aux personnes dans un langage accessible, quelle que soit leur formation antérieure » (1), ce qui fait de PRH une école de formation avec une méthode originale.

Chez Rogers, qui avait commencé ses travaux avant les années 1950, la question fondamentale de recherche a été formulée de manière différente : « Comment puis-je créer une relation que cette personne puisse utiliser au développement de sa personnalité ? » (2) Le regard de Rogers a été focalisé sur la personne du thérapeute et le développement de ses attitudes fondamentales, lesquelles permettent ensuite l’avancée du client. Chez Rogers, la considération positive inconditionnelle était basée sur le fait d’accepter que chaque personne a en elle la capacité de se comprendre, d’avancer et de savoir intuitivement ce qui est important pour elle, « en-dessous de sa compréhension consciente. A ce niveau gît une tendance au développement, une poussée vers l’actualisation de soi. Ceci est le levier principal de la vie et ceci est la tendance qui influence toute la psychothérapie »(2). Rogers, comme d’autres avant et après lui, contredit certaines psychologies voulant réduire l’être humain à un déterminisme en fonction de ses expériences douloureuses du passé.

Commentaire

L’approche PRH vise au départ, l’endroit à toucher chez le client pour activer le processus de croissance. Le postulat qu’existe un endroit dans la personne, au tréfonds d’elle, où s’opèrent les mécanismes de la croissance, est spécifique à PRH. Son corollaire est l’attitude de fond de la foi en l’autre, vécue par le conseiller PRH qui vit et exprime cette confiance de fond que le client porte en lui tout ce dont il a besoin pour se sortir de ses problèmes et avancer.

La formation PRH donne une grande importance à la relation d’aide et dans celle-ci accorde une importance particulière au travail sur soi de l’aidant, concernant la croissance, la guérison et le fait de se vivre de manière harmonieuse, puis au développement des attitudes fondamentales où s’exprime le savoir être du conseiller. Ceci est aussi important que la progression en compétence professionnelle.

 

Edith Stein

La carmélite Edith Stein, qui avait commencé ses travaux phénoménologiques après la première guerre mondiale, donne une description de l’âme représentant la vie intérieure, en insistant sur la manière dont chacun s’apprivoise à son intériorité. La plupart des personnes vivent plutôt à la surface, peu de personnes se laissent attirer par les profondeurs. Edith Stein parle de différentes approches de cette vie intérieure, par exemple en rencontrant les autres ; en devenant plus adulte et mature dans les qualités propres à la personne ; par les connaissances scientifiques de la vie intérieure et psychique ; par la prière, laquelle est pour elle l’accès véri-table du plus intérieur et du plus profond en soi. Elle appelle d’ailleurs le plus intérieur de l’homme « la demeure de Dieu », l’âme étant attirée par Lui comme par un aimant. Dans ses travaux, elle insiste sur le développement de l’intériorité par un travail sur soi, pour accéder à sa liberté profonde, qui est pour elle la valeur la plus centrale, et même localisée au tréfonds de la personne, permettant le dialogue avec Dieu. La personne est ici agissante, en mettant en œuvre le positif qui la constitue de fond, tout en demeurant libre. (3)

Commentaire

La localisation au plus profond de la personne, ce que Edith Stein appelle l’âme, ainsi que la mise en œuvre de la liberté profonde a une convergence avec la description de l’être en PRH, comme l’a aussi la désignation d’un endroit dans l’appareil psychique de la personne. Edith Stein décrit également différentes approches du plus profond de soi qui rappellent certaines des différentes approches de l’être.

 

Viktor Frankl

Viktor Frankl, professeur de psychiatrie de renommée internationale, a développé depuis les années 1930 une psychothérapie qui s’appuie sur une recherche de sens, laquelle est supposée plus fondamentale que la recherche de plaisir (détaillée dans les écrits de S. Freud) ou la volonté de puissance (développée par A. Adler). Seulement si cette recherche de sens est frustrée, elle sera compensée par une recherche de plaisir ou de pouvoir. Selon lui, l’être humain aspire fondamentalement à trouver un sens à sa vie, ce qui le motive de l’intérieur : « L’être humain ne cherche pas d’abord à être heureux, mais à avoir une raison d’être heureux ». (4) Sa thérapie, appelée logothérapie : « insiste sur l’être responsable : la personne est aidée à sortir du fonctionnement automatique de « l’appareil psychique » (appelé ainsi en psychanalyse) pour accéder à l’autonomie de l’existence psychique, par une analyse existentielle. La logothérapie transforme une faiblesse apparente en une force, autour du pivot de la responsabilité centrale, et ainsi elle devient analyse existentielle. Cette analyse existentielle est une analyse de l’existence humaine regardant sa responsabilité centrale. » (4)

Commentaire

Chaque personne peut devenir l’artisan de son destin, en mettant en œuvre les dons qu’il porte en lui, s’il le veut… Ceci concerne également les couples, groupes ou fondations, s’ils cherchent à prendre conscience de ce qui les constitue, en reconnaissant les dons et complémentarités de chacun. A PRH, l’aspiration à exister selon ses dons avec son corollaire, le besoin d’être recon-nu en ce que chacun se sent être en son potentiel, sont considérés comme très fondamental. La frustration de ces aspirations et de ce besoin d’être reconnu créent la blessure de non-existence.

 

Eugene Gendlin

A la suite de Carl Rogers, Eugene Gendlin, en 1964 définit « le processus émotionnel ou comment le changement se produit chez une personne » (5) en décrivant différentes étapes dans la relation thérapeutique. Il insiste particulièrement sur la prise de conscience et l’intégration du ressenti, ce qui entre dans l’expérience personnelle. Il peut être considéré comme un précurseur de la recherche sur l’intelligence de la vie émotionnelle.

Commentaire

Carl Rogers avait commencé à insister sur l’importance de l’expérience dans le processus d’apprentissage, dans la mesure où un donné enseigné devient définitivement su si la personne le fait sien. On cite cette phrase de Rogers : « le livre du maître est en moi », ce qui veut dire, que la personne a intégré et vérifié la justesse des données enseignées. Elle active ces éléments par le processus émotionnel, dans les situations qui requièrent une compétence particulière. Plus tard, à partir des années 1990, le rôle des émotions dans la conduite de la vie a été examiné par des méthodes scientifiques (voir plus loin). André Rochais a insisté dès le début de la recherche PRH sur l’importance du ressenti dans le processus de croissance. Il en a fait une des clés de la formation offerte en développant une méthode d’analyse des sensations internes propre à PRH.

 

Frederick Perls (6)

Le psychanalyste Frederick Perls qui a publié son livre en 1951, initiateur de la « Gestalt-thérapie » s’intéresse à l’expérience sous l’angle du comment la personne fait une expérience (et non pas au « quoi est ressenti »). Elle devient ainsi créatrice de sa vie, celle-ci étant à la fois propre à la personne, mais partagée avec l’environnement et avec les autres. Le but de la thérapie est que la personne devienne elle-même, en développant tout son potentiel créateur, ce qu’il exprime dans le terme « le Soi ». Il lui accorde surtout une fonction d’intégration et de signification, se vivant dans une dynamique d’adaptation constante, mais aussi en mobilisant tout le potentiel que porte la personne en elle. A notre connaissance, Perls a été le premier qui a utilisé le terme de croissance dans le processus psychothérapique, en insistant sur l’autonomie, la responsabilité et l’action libre.

Commentaire

On trouve chez Perls, une attention particulière au réel avec une analyse des processus cons-cients. Sa conception du Soi évoque le concept de l’être à PRH. Le soi a pour lui un rôle particulier permettant à la personne de se vivre en ordre et cherchant du sens dans l’action concrète, cependant, il ne le « localise » pas à un endroit. A PRH, l’être est identifié comme une instance et même « localisé » au tréfonds de la personne dans son « organisme psychique ». La prise de conscience des réalités qui animent chaque personne dans ses fondements est capitale dans le travail de croissance tel que proposé par PRH. Quand nous disons que l’être est localisé au tréfonds de la personne dans son organisme psychique, nous utilisons un langage imagé mais qui correspond à un ressenti corporel à la source du souffle. Il s’agit de la prise de conscience de réalités qui constituent le meilleur de soi, apportant du sens à l’existence et permettant à la personne de se sentir en accord avec elle-même. Le travail de croissance permet donc, de sortir des incohérences et du non-sens par la prise de conscience et la mise en œuvre de ce qui est essentiel pour chacun.

 

Alexander Lowen (7)

Alexander Lowen formé par Wilhelm Reich dans les années 1940 et qui a commencé à publier ses propres recherches dès les années 1950 explique d’abord, combien il avait été fondamental pour lui de se laisser aller au-delà de ce qu’il pouvait comprendre avec l’intellect, en lâchant prise pour ressentir aussi bien ses conflits inconscients que sa force de vie. Sa thérapie, la bioénergie vise à faire le lien entre les souvenirs conscients et l’émotion refoulée, pour ensuite traduire ces émotions devenues conscientes en paroles, dans un but de permettre à la personne d’être plus elle, en y déployant toute son énergie vitale. Ceci contribue à une augmentation du sentiment de connaissance de soi avec 3 notions : se connaître, s’exprimer soi-même et avoir la maîtrise de soi. Lowen insiste sur l’idée qu’il est capital dans le processus psychothérapique, de non seulement accumuler un savoir sur soi, mais d’entrer dans toute l’épaisseur du ressenti. En entrant dans une compréhension de l’intérieur, la personne peut modifier des comportements établis depuis longtemps. Lui aussi considère la thérapie comme un processus de croissance.

Commentaire

Comme dans la thérapie bioénergétique, PRH vise le changement dans le travail de guérison, par une mobilisation de l’inconscient. En dégageant ce qui a été refoulé dans le passé, la personne pourra visualiser et revivre une scène qui a représenté pour elle un contenu traumatique, elle intègre ainsi ce qui s’est passé autrefois, avec la personne en question, alors qu’elle n’en avait pas de souvenirs conscients. Elle peut maintenant regarder cette période de son passé à la lumière de son intelligence d’adulte, en ayant revécu ses émotions du moment où elle était enfant. Elle fait ainsi le lien entre son passé et son aujourd’hui. Des exemples de travail de guérison avec l’approche PRH sont décrits dans l’ouvrage : Pour que la vie reprenne ses droits (8).

 

 

RECHERCHES CONTEMPORAINES D’ANDRE ROCHAIS

Karlfried Graf Dürckheim (9)

Karlfried Graf Dürckheim, philosophe, psychologue et psychothérapeute allemand, qui a créé une clinique de psychosomatique à proximité du lac de Constance dès les années 1970 décrit le moi (cela correspond au moi-je à PRH) et l’être comme des centres différents avec pour chacun, un fonctionnement propre dans la personne, en insistant sur l’importance du discernement. Le moi peut gouverner l’être et les autres à partir de ses idées, sans se préoccuper de leurs besoins, ni aspirations, c’est de l’égocentrisme. Il peut aussi se mettre au service de l’être en cherchant à réaliser tout le positif dont la personne est capable à ce niveau. Se vivant ainsi, la personne devient engagée tout en demeurant humble. Elle reçoit une plénitude d’existence comme une grâce, ce qui devient le sens de sa vie.

Commentaire

A PRH, on ne reconnaît pas seulement deux instances mais cinq (l’être, le moi-je, la sensibilité, le corps et la conscience profonde). Alors la dynamique entre le moi-je et l’être est élargie à toutes les instances de la personne. En décrivant la conscience profonde, André Rochais, a dit qu’en ce lieu, la personne est en contact direct avec toutes les instances de la personne, incluant les réalités transcendantes. Le travail de discernement comporte la prise en main de soi-même en repérant les dysfonctionnements, pour se vivre en ordre en accord avec son être et à partir de la conscience profonde.

 

Eric Berne (10)

Le psychiatre américain Eric Berne a initié l’analyse transactionnelle dès les années 1970. Selon cette théorie, chaque personne a en elle 3 états du Moi : le parent, l’adulte et l’enfant. Berne s’intéresse aux transactions entre ces différents états du Moi dans les relations humaines ; par exemple, une personne peut s’adresser à une autre en exprimant ses besoins, ce qui correspond à l’état de l’enfant, alors que l’autre peut la juger en lui donnant des conseils, ce qui correspond à l’état du parent. Dans ce qu’il appelle l’état de l’enfant, on entend l’expression de besoins, frustrations et manques. Dans l’état du Moi de l’adulte, la personne prend sa vie en main, elle décide en adulte responsable. Concernant l’état du Moi du parent, la personne agit à partir de son image, de ses rigidités et de ses idées reçues, voulant réaliser ses ambitions qui peuvent être démesurées, tout comme voulant plaire aux autres d’abord.

Le but de la thérapie est que la personne devienne consciente des différents mouvements qui l’habitent, pour libérer l’adulte responsable et autonome. Une grande importance est accordée au fait d’être authentique.

Commentaire

L’analyse des transactions fait écho avec ce qui est appelé en PRH : d’où partent nos actes ordinaires ? C’est-à-dire, de quel lieu en notre organisme psychique prenons-nous la parole ou agissons-nous ?

Les 3 états du Moi de Berne en revanche ne correspondent pas aux instances de la personne du système explicatif PRH. Berne ne fait aucune référence à la réalité de l’être. Une convergence certaine est trouvée avec son insistance sur le fait d’être authentique, où on peut entendre la phrase d’André Rochais sur le réel : « Mon maître à penser, c’est le réel ».

 

Arthur Janov (11)

Arthur Janov, de formation psychanalytique, a développé depuis les années 1970 la thérapie du « cri primal ». Pour Janov, tout commence avec ce qu’il appelle « le traumatisme de la naissance » dont l’expérience douloureuse et même violente serait source de refoulement et créateur de symptômes névrotiques des plus variés. Sa thérapie est une approche de la sensation de ce que d’autres appellent le malaise existentiel, s’exprimant par de la fatigue, du fait de se sentir accablé, d’être triste, en insécurité, peureux, en souffrance, se sentant écrasé. Il ramène ces sensations actuelles à celles expérimentées réellement pendant le processus de la naissance. Dans un autre livre écrit 20 ans après, il nuance ces affirmations en élargissant l’expérience traumatique à d’autres faits vécus comme des traumatismes par les patients, mais se situant après la naissance dans la vie de l’enfant (12).

Janov peut être situé dans le courant des chercheurs qui visent à libérer les patients de leurs symptômes névrosés en les aidant à revivre des expériences du passé qui sont supposées avoir été refoulées et avoir ainsi créé des conflits inconscients. Dans la mesure où le conflit n’est pas résolu, le symptôme se perpétue dans une répétition. Dans la thérapie primale, la libération de l’expérience émotionnelle initiale est visée. Une levée du refoulement se produit, puis le thé-rapeute cherche à aider la personne à intégrer ce vécu brut dans son conscient, en mettant des mots sur l’expérience ancienne qu’il revit. Ceci est appelé « reconnecting ». Janov insiste qu’il ne s’agit pas d’une simple abréaction. Deux temps sont nécessaires, le fait de revivre le traumatisme de la naissance sur le plan émotionnel puis l’intégration intellectuelle de ce vécu dans la vie émotionnelle de l’aujourd’hui. Pour Janov, la vie concrète des personnes peut changer en positif comme une conséquence naturelle de sa thérapie, il s’attache essentiellement à travailler sur les éléments blessés des patients. Considérant que les traumatismes bloquent tout le positif, Janov donne cependant l’impression de réduire l’être humain à ses blessures, tout au moins concernant les personnes très blessées en leur existence, si on suit les exemples donnés dans ses livres.

Commentaire

Il est possible de se sentir rejoint par ces travaux, notamment en ce qui concerne l’approche du vécu et de la sensation. Le fait de revivre sa naissance ou un autre traumatisme survenu plus tard dans la vie peut correspondre à ce qui est appelé à PRH, une évacuation de souffrance. Les deux temps décrits sont également observés dans la méthode PRH où il importe de se mettre en face de la sensation jusqu’à revivre le passé, avec tout le bouleversement émotionnel que cela comporte, puis d’intégrer ces faits qui apparaissent à la conscience avec la lumière du travail d’intelligence dont l’adulte est capable.

Nous n’avons cependant pas trouvé de mention du positif de l’être humain dans les travaux de Janov.

 

Jean Garneau et Michelle Larivey (13 publié en 1983)

Jean Garneau et Michelle Larivey, ont développé une méthode au Québec, à la suite des travaux de Carl Rogers, appelée « L’auto-développement : psychothérapie dans la vie quotidienne ». On y affirme ici que le client dirige lui-même sa vie quotidienne, en repérant des occasions de croissance. Le thérapeute doit fournir au client les instruments nécessaires pour qu’il devienne l’initiateur et facilitateur de son propre cheminement.

Cette approche semble un précurseur des psychologies positives. Elle fait partie des méthodes qui visent à faciliter les ressources positives permettant aux personnes de vivre une vie avec du sens.

Commentaire

Plusieurs similitudes peuvent être relevées entre cette approche et PRH : repérage de la sensation, travail à partir des sensations, dégagement des découvertes, l’intuition profonde…

 

 

RECHERCHES RECENTES ET POSTERIEURES A ANDRE ROCHAIS

Boris Cyrulnik (14, 15 publiés en 1996 et 2001)

Boris Cyrulnik, psychiatre et ethnologue est souvent cité en France en raison de sa description de la capacité de certaines personnes à rebondir, appelée résilience, malgré des traumatismes qui auraient pu les figer dans une non-vie. Ce terme utilisé en physique pour désigner la résistance d’un corps solide à toutes sortes d’agressions, a été introduit dans la réflexion psychiatrique par l’américaine Emmy Werner. Les personnes s’appuient sur des ressources internes, comme un tempérament doux mais aussi des mécanismes de défense pour ne pas souffrir et surtout une aspiration forte à devenir soi en développant sa propre créativité. Puis, intuitivement, elles font appel à des ressources externes, comme certaines personnes qui ont eu des actions permettant la mise en œuvre de ces ressources, appelées : « tuteurs de résilience », dont l’action peut être fondamentale pour aider les autres à se sortir de leurs difficultés. La notion de traumatisme est nuancée. Il y a, certes, la réalité traumatique, mais la personne peut aggraver son problème en raison des représentations qu’elle s’en fait. Elle peut aussi choisir de vivre en s’appuyant sur sa capacité de résilience.

Commentaire

Selon le système explicatif PRH, les ressources profondes internes sont dans l’être, où est inscrit un dynamisme de croissance ; la personne n’a pas directement de pouvoir sur l’être mais sur les moyens mis en œuvre, autrement dit sur les choix à faire. Ceci concerne la capacité de discernement, si tel acte est bienfaisant ou non, et si telle personne constitue une relation vitalisante ou non. Concernant les tuteurs de résilience, on peut percevoir l’action positive du transfert sur le travail de croissance même dans une relation d’aide. Le mot « ressources internes » est utilisé par Cyrulnik comme dans le courant des psychologies positives (voir plus loin) dans un sens large, comportant à la fois des capacités positives et une habilité à se défendre pour se construire une carapace interne qui empêche un effondrement éventuel. L’usage de ce mot est beaucoup plus restrictif à PRH car il n’inclut pas le système de défense lui-même mais seule-ment les forces sous-jacentes.

 

Elisabeth Lukas (16 publié en 2000 en Allemagne)

Elisabeth Lukas, logothérapeute à la suite de Frankl (4) fait une critique des psychologies qui considèrent que nombre de difficultés de fonctionnement ont leur origine dans certains traumatismes vécus, ce qui comporte le piège de ruminer le traumatisme de manière passive (« l’idéologie de la victime »). Elle insiste sur la responsabilité des personnes à se positionner devant leur passé pour devenir acteurs de leurs vies. L’homme a la capacité de trouver un sens nouveau malgré certains événements même très difficiles, s’il le veut, en prenant appui dans une dimension spirituelle qui marque son existence depuis sa naissance. Cette dimension est vivante aussi en cas de maladie mentale, de handicap mental ou d’état démentiel ; elle est pré-sente chez le malade alcoolique et le patient toxicomane. Pour les logothérapeutes, l’être humain possède une capacité « d’autotranscendance », c’est-à-dire, de transcender ses besoins im-médiats en voyant plus loin. Explicitement, la question du sens de chaque élément de la vie et du sens de la vie est posée. Grâce à l’insistance sur le rôle de la conscience et la capacité d’autotranscendance, la logothérapie se distingue des psychologies humanistes dont le travail vise essentiellement l’accomplissement de soi. Selon Lukas, les logothérapeutes sont des « psychothérapeutes de la personne ».

Commentaire

A PRH, le rôle de la conscience profonde est fondamental dans le travail de croissance. La conscience profonde n’est pas seulement à l’écoute de « la personne en croissance » dont elle exprime la voix, mais aussi à l’écoute de son environnement et de tout ce qui peut la transcender en l’invitant à aller plus loin. La recherche PRH prend largement en compte la dimension d’ouverture à la dimension de transcendance dans l’être. Il existe des outils spécifiques pour l’apprentissage de la liberté intérieure et de comment trouver une manière de se vivre en ordre.

 

Keyes et Haidt (17)

Un nouveau courant, celui de la « psychologie positive » est né aux USA à la fin des années 1990. Keyes et Haidt ont coordonné un ouvrage expliquant les bases de cette psychologie qui peut être située dans le vaste courant des psychologies humanistes. Elle étudie en particulier : les émotions positives, les traits de personnalité positifs comme la force, des talents et des capacités (intelligence, athlétisme…) et les institutions positives comme la démocratie, des familles solides, la liberté de la presse… Les thérapeutes sont maintenant formés pour repérer chez les clients, leur force intérieure en cherchant à la renforcer, puis à les aider à construire leurs ca-pacités personnelles.

Prenant appui en les réalités de résilience et de croissance, les auteurs expriment leur foi que la personne porte tout en elle pour se sortir de ses difficultés, pouvant même transformer un traumatisme en une ressource personnelle si elle réussit à prendre appui au meilleur d’elle : la personne ne s’enferme pas dans l’expérience du manque mais trouve des ressources personnelles qui lui permettent de grandir. L’intérêt de ce livre est dans l’analyse méthodique et minu-tieuse, avec des méthodes scientifiques de sélection, procédant à partir d’hypothèses qui seront vérifiées ou éliminées. De nombreux auteurs apportent la preuve que différents éléments positifs contribuent à un fonctionnement plus harmonieux de l’être humain.

Commentaire

A PRH, déjà depuis les années 1970, ce secteur de recherche concernant les réalités positives de la personne a été central, ce que nous avions rappelé au début de l’exposé concernant la question fondamentale d’André Rochais : « Où faut-il toucher une personne pour qu’une croissance se produise ? ». Le développement de la pédagogie spécifique de PRH avec son système explicatif de la personne en croissance et du schéma des instances de la personne sont situés dans la perspective du déploiement du dynamisme de croissance de la personne. La prise de conscience des sensations à contenu positif contribue à l’harmonisation du quotidien, donne confiance de l’intérieur et permet de construire sa personnalité sur des bases solides.

 

Martin Seligman (18 publié en 2002)

Martin Seligman, professeur de psychologie souligne la valeur des émotions positives sur la prévention d’états dépressifs et de prise de drogues. Il distingue 3 types d’émotions positives : concernant le passé (satisfaction, contentement, plénitude, fierté, sérénité), concernant le pré-sent (joie, extase, calme, ébullition, plaisir, « flow »), concernant le futur (optimisme, espoir, foi, confiance). Ces 3 types diffèrent dans la mesure où quelqu’un peut être satisfait concernant son passé, cependant découragé au présent et pessimiste à propos du futur.

Il est intéressant de lire la description du sentiment de « flow », emprunté à Mihaly Csikszentmihalyi (19 publié en 1997), dont la traduction littérale signifie « flot ». Csikszent-mihalyi relate que sa recherche avait été orientée par 2 questions, la première : « Qu’est-ce que la vie ? », puis la seconde : « Comment chacun peut-il obtenir une vie excellente et remplie ? » Il insiste sur la nécessité, que chacun donne une orientation personnelle à sa vie, car sinon, il sera influencé par ses instincts biologiques, la culture ou le contexte du milieu où il vit ou les autres plus particulièrement. Pour ce, le développement de sa liberté a un rôle fonda-mental. Ainsi chacun peut transformer un contexte de vie même difficile, s’il se vit à partir du meilleur de lui. L’expérience de flow fait partie des émotions positives, mais, selon les milliers de personnes interrogées, elle est distincte du ressenti du bonheur. Elle exprime le sentiment d’être en accord avec soi-même, en ressentant une grande capacité d’action.

Commentaire

La correspondance du concept de flow dans le système explicatif PRH serait la notion de dynamisme de croissance de l’être. Alors la personne se sent très en accord avec elle-même en dé-veloppant sa créativité à partir de ses potentialités. C’est la détermination à progresser qui est vue à PRH comme une attitude de l’être, qui soutient le déploiement des forces de croissance dans la personne.

 

Ann Elisabeth Auhagen (20 publié en 2004)

Ann Elisabeth Auhagen, maître de conférences en psychologie explique les modes d’intervention de la psychologie positive. L’émergence du positif est recherchée chez les personnes, à savoir ce qui constitue leurs forces, talents, ressources. Ce but peut être atteint de différentes stratégies : par « augmentation », c’est-à-dire, facilitation d’aspects positifs et de qualités déjà existants ; par « création », à savoir, le développement d’aspects positifs et de qualités nouvelles ; par « diminution », c’est-à-dire la réduction de ce que l’on appelle le négatif ; par «empêchement », en essayant de ne pas laisser se développer des comportements nouveaux à effet négatif.

Commentaire

Les thèmes explicités abordent directement ce qui est contenu dans la notion d’identité dans « l’être » à PRH, associés à des méthodes d’intervention dans le travail sur soi pour développer un autre fonctionnement humain, basé sur le positif. La psychologie positive utilise des modes d’intervention psychothérapiques, avec une attention particulière sur l’identification des dysfonctionnements personnels pour ensuite aider les personnes dans leur rééducation, afin qu’elles prennent confiance en elles, ce qui concerne l’acquisition d’une nouvelle manière d’être et de nouveaux savoir-faire. Le but est que les personnes deviennent elles-mêmes, ce qui semble correspondre à ce qui est appelé « l’émergence de l’être dans la personne » en PRH. Cependant la notion d’être à PRH déborde l’identité et développe aussi la notion d’agir essentiel, de liens essentiels et d’ouverture à une transcendance. Le concept d’émergence de l’être y est fondamental aussi.

 

James Pennebaker

James Pennebaker a mis en œuvre une méthode d’écriture dans un but d’exploration de soi, dès les années 1980, afin de développer les pensées et les émotions les plus profondes, face à des événements qui ont eu une valeur traumatique. Les personnes sont ainsi aidées à se décharger des émotions négatives, pour éviter leur refoulement dans l’inconscient. Puis, le fait de raconter son histoire, ne serait-ce qu’à soi-même, permet de conclure cette histoire en y donnant du sens. Il a été constaté que les personnes qui ont suivi cette thérapeutique, amélioraient leur santé physique, immunitaire et psychologique et qu’ils avaient des relations interpersonnelles plus satisfaisantes. Les patients découvrent des contenus cachés, grâce au simple fait d’écrire, appelé « auto-révélation » (self disclosure) (21, 22 nous nous référons à des publica-tions en 1997 et 2002).

Commentaire

Cette méthode comporte des similitudes avec le fait d’écrire son vécu, tel que pratiqué à PRH. L’analyse PRH est une auto-observation. André Rochais a développé avec une grande finesse une méthode d’analyse écrite du vécu personnel comme moyen privilégié de connaître son monde intérieur. La méthode d’écriture, utilisé dans la formation PRH est un des éléments clés de notre école de formation.

 

Hélène Roubeix (23 publié en 2000)

Hélène Roubeix, psychothérapeute française, formée en Programmation Neuro-Linguistique (PNL), a créé l’école de PNL humaniste. On y donne la priorité à la transformation personnelle de l’intervenant, quel que soit son champ professionnel. L’accent est mis sur le développement de son savoir être, ce qui lui permet d’utiliser ses moyens d’intervention de la manière la plus juste, dans le respect de la personne, tout en vivant une autorité juste face à elle. Dans le système explicatif apparaissent les notions de « Soi » (avec une connotation proche de l’être en PRH), puis du « Moi » (avec la connotation proche du moi-je en PRH). Une foi profonde en la vie est exprimée, dans la mesure où la personne peut toujours « se mettre à l’écoute de son Soi. Roubeix cite Milton Ericson, psychiatre et philosophe américain qui avait dit que « l’inconscient est un puits de ressources infini », ce qui change l’attitude du thérapeute qui peut s’appuyer en l’inconscient du patient qui est « son ami le plus sûr ».

Commentaire

Comme à PRH, la complémentarité de l’être et du moi-je sont vus, avec la chance pour le déve-loppement de l’être si le moi-je agit en serviteur de la croissance, mais aussi avec le risque que le moi-je agisse en dominant la personne et en suivant ses idées et ambitions, sans se mettre à l’écoute de l’être. Concernant l’affirmation que l’inconscient est un puits de ressources infini, on peut se rappeler qu’André Rochais avait dit dès les années 1980 que nous dormons sur des trésors que nous ignorons.

 

Loretta Cornéjo (24 publié en 2000)

Loretta Cornéjo, psychologue et psychothérapeute, exerçant à Madrid, insiste dans son livre : « Lettres à Pedro, guide pour un psychothérapeute débutant », sur l’attitude générale de l’amour dans la relation psychothérapique, qui inspire tout savoir technique.

Commentaire

A PRH, la relation professionnelle est aussi une relation humaine profonde et les accompagnateurs sont invités à développer six attitudes fondamentales dans leur relation à leurs clients (l’écoute en profondeur, non-jugement et bienveillance, foi en l’autre, respect de sa liberté, laisser naître sympathie et affection, authenticité.) Le client est considéré comme unique, portant tout en lui ce dont il a besoin pour se sortir de ses difficultés.

 

Daniel Goleman

Daniel Goleman, journaliste scientifique et psychologue a médiatisé le concept de « l’intelligence émotionnelle » (25). Les émotions seront comprises comme des guides dans la relation à soi comme aux autres, pouvant faire pencher une décision d’un côté plutôt que de l’autre. A leur sujet, la capacité de se connaître soi-même, la capacité de se gérer, la capacité de cerner le climat émotionnel chez les autres et la capacité à agir de manière juste dans la relation aux autres traduisent davantage une intelligence de la vie des émotions et sensations qu’une analyse rationnelle et pensée (qui serait évaluée par un Q.I, un quotient intellectuel). Les émotions sont dans leur essence des impulsions afin d’agir. Il est juste de dire que nous avons 2 esprits, le rationnel qui est commandé par le cortex cérébral, puis l’émotionnel qui est commandé par le système limbique. La capacité de discernement est ici importante, pour évaluer l’importance d’une émotion, pour en tenir compte dans la conduite de sa vie, sans se laisser dominer par la force de l’émotion.

Pour illustrer les « 2 esprits », on peut prendre l’exemple d’une envie folle de chocolat. Ceci est commandé par le système limbique. Si la personne se laisse aller à manger du chocolat sans limite, elle est sous la domination de ses instincts. Normalement, le cerveau rationnel se réveille face à une telle impulsion en disant soit qu’il est nécessaire de se limiter pour des raisons diététiques, soit de s’abstenir carrément.

Commentaire

Dans la formation PRH, l’analyse porte sur le ressenti, lequel est composé de sensations, d’émotions, d’impressions. Grâce à l’analyse d’elles-mêmes, les personnes acquièrent un moyen pour devenir solides, proches des unes et des autres et autonomes. La deuxième convergence est dans le discernement : grâce à l’intelligence de ses émotions, une personne peut discerner ce qui va dans le sens de sa croissance. Il s’agit ici, des deux clés de la formation PRH.

 

 

CONCLUSION

L’objectif de ce travail de recherche bibliographique a été de situer l’approche PRH dans le courant des sciences humaines, en faisant ressortir des convergences avec son système explicatif et sa psychopédagogie. PRH est une méthode originale qui accorde une importance particulière à la croissance du positif qui constitue la personne, ce qui lui permet de devenir elle-même. L’analyse des fonctionnements quotidiens et des expériences passées est un élément essentiel du travail personnel, dans la mesure où tout fonctionnement peut être amélioré et où certaines expériences passées constituent des entraves au déploiement de soi. Les outils d’auto-formation transmis seront l’analyse des sensations, appelée « analyse PRH » et une méthode de discernement en référence à la conscience profonde applicable dans le cours de la vie ordinaire.

La méthode s’est développée non pas en rupture d’avec la psychanalyse freudienne comme certaines méthodes des psychothérapies humanistes, mais à partir de l’intuition d’André Rochais, que toute personne peut développer le meilleur d’elle-même en prenant appui en son être.

Les psychothérapies humanistes visent le développement humain en soi, sans faire référence à une transcendance, ce qui est exprimé par Perls pour lequel le Soi est le créateur de la vie. En PRH on dirait, que la personne est ouverte à une dimension de transcendance au niveau de son être, ce qui a de l’impact sur sa croissance.

Des convergences entre la méthode PRH et les psychologies humanistes ont déjà été recon-nues et expliquées dans le livre : « La personne et sa croissance » (26). Il nous semble important de souligner les convergences certaines avec les courants psychologiques ouverts de manière explicite à une transcendance personnelle, comme la logothérapie de Viktor Frankl et comme semble évoluer le nouveau courant de la psychologie positive. André Rochais lui-même avait reconnu cette convergence avec Frankl.

Il avait lui-même eu l’intuition que PRH était appelé à devenir une école de formation. Après 35 ans d’existence et un déploiement considérable des outils de formation, cette intuition s’avère juste. Toute personne désireuse de progresser de manière significative dans le déploiement de sa personnalité peut trouver à la fois des outils et des personnes disponibles pour l’accompagner.

Semur-en-Auxois, le 8 septembre 2006

 

 

REFERENCES

1) André Rochais : Introduction aux notes d’observations, PRH-International

2) Carl Rogers : Die Entwicklung der Persönlichkeit, 1997, Klett Cotta

(En français : Le développement de la personne, 1966, Inter Editions)

3) Edith Stein : Im verschlossenen Garten der Seele; Texte zum Nachdenken ausgewählt von E. Bejas; Herderbücherei, Freiburg 1987

4) Viktor Frankl : Der Wille zum Sinn; Verlag Hans Huber, Bern, 2005

5) Eugene T. Gendlin : Une théorie du changement de la personnalité, (3e édition, avril 1975) traduit par Fernand Roussel, Ph. D., CIM de «A theory of Personality Change», in P. Worchel et D.Byrne: Personality Change, New York: John Wiley and Sons, 1964

6) Frederick S. Perls ; Ralph F. Hefferline ; Paul Goodman : Gestalttherapie; Grundlagen; Klett-Cotta im Deutschen Taschenbuchverlag 6. Auflage 2004, München; Ge-stalt Therapy; Excitement and Growth in the Human Personnality; The Julian Press, New York 1951

7) Alexander Lowen : Bioenergetics; Penguin compass, New York, 1976

8) Pour que la vie reprenne ses droits : Ouvrage collectif réalisé par PRH-International, éditeur : Fondation André Rochais du Canada, PRH-International, Poitiers, 2002

9) Karlfried Graf Dürckheim : Durchbruch zum Wesen, 1975, Verlag Hans Huber, Bern

10) Eric Berne : Was sagen Sie, nachdem Sie “Guten Tag“ gesagt haben? Psychologie des menschlichen Verhaltens; Geist und Psyche, Fischer, Frankfurt 1983; What do you say af-ter you say hello? Grove Press, Inc., New York, 1972

11) Arthur Janov : Imprints. The lifelong effects of the birth experience; Coward-McCann, New York, 1983

12) Arthur Janov : The new primal scream. Abacus; London 1991

13) Jean Garneau et Michelle Larivey : L’auto développement : psychothérapie dans la vie quotidienne, CIM et Éditions de l’Homme, 1983

14) S.Vanistendael : Clés pour devenir : la résilience, Les Vendredis de Châteauvallon, nov. 1998 ; Les cahiers du BICE (bureau international catholique de l’enfance), Genève 1996, p. 9 ; cité in : Boris Cyrulnik : Un merveilleux malheur, Odile Jacob, 1999

15) Boris Cyrulnik : Les vilains petits canards ; Odile Jacob ; Paris, 2001

16) Elisabeth Lukas : La logothérapie : théorie et pratique ; Pierre Téqui Editeur, Paris, 2004

17) Corey L.M. Keyes, Jonathan Haidt : Flourishing, positive psychology and the life well lived; American Psychological Association; Washington, DC ; 2003

18) Seligman, Martin E.P. : Authentic happiness; Free Press, 2002, New York, NY

19) Csikszentmihalyi, Mihaly : Lebe gut! Wie Sie das Beste aus Ihrem Leben machen; DTV, München, 2001 (Finding flow. The psychology of engagement with everyday life. Harper Collins Publishers, Inc. New York, 1997)

20) Auhagen, Ann Elisabeth (Hrsg.) : Positive Psychologie, Anleitung zum «besseren» Leb-en; Beltz Verlag, Weinheim, Basel, 2004

21) Pennebaker, James W. : Opening up: the healing power of expressing emotions; The Guilford Press; New York NY, 1997

22) Niederhofer, Kate G., Pennebaker, James W. : Sharing one’s story: on the benefits of writing or talking about emotional experience. In: Snyder C.R., Shane J. Lopez (Eds) Handbook of Positive Psychology, New York, N Y; Oxford University Press, 2002

23) Hélène Roubeix : A la rencontre de soi ; se libérer des rapports de forces ; Editions Anne Carrière, Paris 2000

24) Loretta Cornejo : Cartas a Pedro; Guia para un psicoterapeuta que empieza; Desclée De Brouwer, Colección Crescimiento personal, Bilbao, 2000

25) Daniel Goleman : Emotional intelligence; Bantam Dell, New York, 1ère édition 1995 ; édition du 10ème anniversaire 2005

26) PRH-International : La personne et sa croissance ; Lexies, Toulouse, 1997

RÉSUMÉ

Dans l’article qui suit, le Dr Annemarie Bühler, psychiatre-psychothérapeute expéri-mentée, réalise une évaluation positive de la méthodologie PRH en tant que moyen pour une issue à la réalité partant d’un pari sur le potentiel positif de chaque per-sonne. Et en ligne pour un changement social : « Lorsque beaucoup de petites per-sonnes, à de nombreux petits endroits, font quelques petits pas …, le monde change. ».

 

INTRODUCTION

Dans la société actuelle bien des valeurs ont basculé. Tout doit aller plus vite et être plus effi-cace. Notre propre vécu, nos souhaits profonds deviennent secondaires. Et pourtant ce sont nos valeurs intérieures, nos aspirations profondes, notre capacité d’aimer et d’être en relation qui font de nous des êtres humains dignes de ce nom.

Une société ne peut prospérer que si elle est soutenue par des personnalités solides, relation-nelles et conscientes de leur responsabilité. La santé psychique n’est souvent pas un simple acquis, mais elle doit être stimulée, soignée et formée. C’est une grande chance de pouvoir se poser des questions sur soi-même, de pouvoir s’épanouir davantage. Ce n’est pas seulement un enrichissement personnel, mais aussi un apport important pour la société. Pour la formation personnelle il y a beaucoup d’offres avec des méthodes différentes. Et il est souvent difficile de savoir quelle offre est ajustée à quelle personne. Ce qui est décisif c’est également de recon-naître la santé et la solidité d’une personne. Quelles fragilités ou quels comportements excessifs font encore partie d’une personne saine et qu’est-ce qui est tellement entravé qu’une véritable thérapie, voire des médicaments soient nécessaires ?

Depuis bientôt 30 ans j’accompagne comme psychiatre et psychothérapeute des personnes avec des maladies psychiques variées. Je connais aussi depuis longtemps les différentes offres de la formation PRH.

 

OÙ PRH PEUT AIDER?

Pour des gens qui ont une personnalité stable, qui sont capables de s’intérioriser, de travailler méthodiquement sur eux-mêmes et qui sont prêts à investir de l’énergie, du temps et de l’argent. Pour eux PRH offre un outil très aidant, une école de formation personnelle qui englobe dans son programme toutes les facettes des domaines personnels et sociaux et qui contribue ainsi grandement à une qualité de vie saine et enrichissante. Cette formation est aussi une pré-vention importante contre des maladies psychiques et favorise un comportement relationnel plus humain. Plus une personne est solide, unifiée et ouverte, plus elle agit d’une manière bien-faisante sur son environnement, plus elle est aussi capable de gérer les coups durs de la vie. La méthode PRH essaie d’amener les participant(e)s à connaître et à ordonner les domaines intérieurs, d’ouvrir particulièrement l’approche aux sentiments, au vécu intérieur ; elle donne dans les sessions des outils éprouvés pour continuer le travail sur soi d’une manière autonome et offre un accompagnement personnel.

 

OÙ PRH N’EST PAS APPROPRIÉ?

Quand des personnes s’annoncent dans mon cabinet parce qu’elles se trouvent dans une grande détresse intérieure, elles ont pour la plupart besoin d’un médecin qualifié. Dans cette situation PRH ne suffit pas.

Des personnes qui souffrent d’une psychose ne peuvent pas se protéger et sont submergées par des pensées et des sentiments. Dans la phase aigüe elles ont d’abord besoin de mesures thérapeutiques qui les aident à s’en distancer : des médicaments spécifiques (neuroleptiques), un cadre extérieur clair qui leur offre une structure, quelque fois aussi un séjour en clinique.

La même chose vaut pour de grands dysfonctionnements relationnels et de la personnalité, des dépendances et d’autres maladies névrotiques ; selon le degré de gravité de la maladie qui entrave fortement la qualité de vie il faut un traitement spécifique dans une clinique ou une thérapie ambulatoire intensive. A côté de séances individuelles et en groupe ainsi que de médi-caments adaptés de nombreuses autres méthodes sont appliquées comme la musique, un tra-vail créatif, du travail corporel, des techniques de détente pour en nommer que quelques-unes.

Pour de graves dépressions également la méthode PRH n’est pas indiquée car dans cet état ces personnes malades sont incapables de faire un travail sur elles-mêmes. Le lien au vécu intérieur et à l’environnement est coupé au niveau de la sensibilité. Il faut d’abord des entretiens de sou-tien, des antidépresseurs, des structures quotidiennes claires et bien plus. Durant la thérapie une attitude de bienveillance, de respect et de valorisation est de la plus haute importance. Il faut du temps et de la patience des deux côtés ; peu à peu une relation de confiance peut s’installer. Le travail de guérison proprement dit, aussi avec l’aide de PRH, ne peut commencer que quand la dépression s’éclaircit et les facultés de connaissance du réel reviennent.

 

PRH COMME COMPLÉMENT ET OUTIL DE PROGRESSION

Je constate que des personnes qui ont participé à des sessions PRH et qui viennent dans mon cabinet sont plus sensibles et plus ouvertes à une thérapie. Elles souhaitent guérir de leurs blessures et devenir plus elles-mêmes. Elles ont appris à cerner leurs sensations, à nommer leur vécu intérieur et leurs réactions, leurs aspects positifs et leurs fragilités et à les intégrer dans le schéma de la personne avec lequel PRH travaille. Elles sont très motivées à travailler activement sur elles-mêmes et ont appris à connaître des outils qui leur permettent d’avancer d’une manière autonome. Cette expérience et la formation PRH qui a précédée peuvent aider les personnes à rester actives entre les séances de travail, à faire des pas de croissance et à être capables de travailler à leur guérison. Ainsi elles ont moins besoin d’entretiens et peuvent les vivre à plus grand intervalle.

Chaque cheminement de guérison est un processus de longue durée et a besoin d’un accom-pagnement psychologique compétent ou, dans les cas graves, d’un accompagnement psychia-trique. Pour que le changement et la guérison soient possibles trois étapes sont nécessaires : d’abord la reconnaissance du problème, puis l’accès au vécu intérieur et le travail sur celui-ci, suivi de la rééducation de vieilles habitudes et l’acquisition de nouveaux comportements.

PRH peut être une grande aide dans ce cheminement de guérison en offrant un travail métho-dique sur le potentiel positif car l’accès aux valeurs intérieures positives est décisif pour tout travail sur soi. Il faut se sentir relié à ce fondement intérieur porteur et pouvoir s’y appuyer pour devenir capable de regarder en face ce qui empêche la vie. C’est une approche très pré-cieuse que PRH transmet.

Pour des personnes dont la maladie grave est en bonne voie de guérison des modules courts sur le thème des valeurs de l’être peuvent être une aide car ils contribuent à fortifier ce fond de l´être et à solidifier le fondement intérieur. En plus le cadre clair des modules PRH évite le glis-sement dans une rumination stérile et destructrice de la personne. Des formations de plusieurs jours par contre sont au commencement d’un processus de guérison un surmenage physique et psychique.

Pour des personnes qui ont souffert d’une psychose la méthode PRH peut être utile si on tra-vaille par petites unités, c’est-à-dire. en journées, non durant plusieurs jours. La méthode PRH offre avec les questions précises, avec les temps de travail délimités et avec la structure claire un cadre extérieur stable dans lequel les personnes fragiles se sentent soutenues et peuvent faire des pas d’existence pour devenir plus solides et pour poser leurs limites.

Dans ma longue expérience psychiatrique j’ai travaillé avec des personnes très différentes. Beaucoup ont par exemple, grâce à PRH, appris à exister, à mieux vivre en relation avec elles-mêmes et avec les autres, à poser leurs limites, à sentir ce qui les habite, à reconnaître leur agir essentiel ; elles ont pu se libérer de leurs sentiments de culpabilité et de leurs peurs ou guérir d’une enfance marquée par une grande souffrance.

PRH est une méthode de connaissance de soi très efficace, méthodique mais aussi exigeante. Elle est une grande richesse pour les personnes qui ont l’audace de la vivre à fond. Elle leur apporte une meilleure qualité de vie, une grande joie intérieure et une énergie renouvelée. Elle aide à trouver sens et plénitude dans la vie et contribue à une vitalité contagieuse.

PRH est une excellente offre pour des personnes en recherche de connaissance d’elles-mêmes, d’une vie épanouie, valorisée et pleine de sens, de relations d’une meilleure qualité. Je souhaite à tout le monde le courage de ce pas. La société ne peut changer qu’en positif quand une per-sonne se met en route. « Quand beaucoup de petites gens, à beaucoup de petits endroits font de petits pas, le monde change ».

Psychologue et ancien formateur PRH, Michel Lamarche est le principal rédacteur des ouvrages La personne et sa croissance et Un chemin d’accès à la vie en pro-fondeur. Il est actuellement collaborateur bénévole au sein de PRH-International pour des missions de rédaction.

 

RÉSUMÉ

C’est par ses réponses que Michel Lamarche réalise une évaluation très positive de l’analyse PRH de sensations …

  • tels que les phares d’une voiture qui nous éclairent dans l’obscurité ;
  • en tant qu’ouverture à notre réalité intérieure ;
  • et pour nous situer dans notre réalité en tant que personnes.

 

LA REDACTION DU LIVRE UN CHEMIN D’ACCES A LA VIE EN PROFON-DEUR

Pourquoi avoir choisi de consacrer un livre à l’analyse de sensations PRH ?

Avec le comité de rédaction, nous poursuivions 3 objectifs principaux :

  1. PRH est une école de formation humaine. Il y a nécessité pour ce type d’école d’exprimer ses fondamentaux, le fruit de ses recherches, ses méthodes dans des ouvrages de référence.
  2. L’analyse des sensations est l’outil-clé de la psycho-pédagogie PRH. Elle a été utilisée par des dizaines de milliers de personnes à travers le monde, et cela nous a paru important de rendre compte d’une méthode qui a permis à tant de gens de devenir plus lucides sur eux-mêmes dans une profondeur et une efficacité sur leur croissance qu’ils n’auraient pas soupçonnées au départ.
  3. Enfin, nous souhaitions approfondir la pertinence, la fiabilité et les précautions d’usage d’un tel outil de déchiffrage du réel intérieur, suite à des questions qui nous ont été posées notamment sur un risque de subjectivisme ou de narcissisme… Il était important de faire le point sur la richesse et les limites de la méthode.

Qu’avez-vous cherché à transmettre d’essentiel aux lecteurs ?

Outre la description de la méthode de l’analyse des sensations en elle-même, j’ai cherché à communiquer l’extraordinaire richesse contenue dans cette relation consciente d’un sujet avec sa profondeur. Cet outil développe une finesse d’intelligence, de compréhension, de lucidité sur la réalité, la sienne comme celle qui nous entoure, capable d’élargir et d’assainir profondément notre regard, de favoriser l’ajustement de nos comportements, et de libérer une créativité éton-nante. Nous pouvons tous avoir accès à la richesse de notre profondeur pour peu que nous en prenions les moyens. Prendre conscience, c’est un chemin incontournable pour croître.

Écrire un tel ouvrage, c’est un travail de recherche. Qu’avez-vous découvert de nouveau par rapport au thème du livre ?

Plusieurs repères ont pris de la consistance en moi face à l’analyse des sensations. Ainsi, la contribution fondamentale de la subjectivité dans la découverte de soi, l’objectivation possible d’un fait psychique (comme une sensation), mais également la nécessaire et précieuse contri-bution d’autrui et de repères psychologiques pour compléter et éclairer le rapport du sujet avec lui-même. J’ai appréhendé de manière plus claire pour moi les notions de réel intérieur et son lien toujours à vérifier avec la réalité. J’ai mieux mesuré l’importance du « qu’est-ce que ça change concrètement dans ma vie, la prise de conscience que je viens de faire grâce à l’analyse ? ». J’ai approfondi la notion d’intuition. J’ai découvert, grâce à une étude de formateurs cana-diens, combien la manière dont on s’analyse a quelque chose à voir avec la manière dont on fonctionne dans la vie, on y retrouve notamment des systèmes de défense similaires.

Savoir s’analyser, ça sert aussi pour écrire un tel ouvrage ? En quoi ?

Oh, que oui ! J’ai fait des analyses à contenu de connaissance tout au long de l’ouvrage. Je n’ai eu de cesse de chercher le mot juste face aux réalités que je cherchais à décrire, et de me lais-ser entraîner dans la profondeur de mes intuitions et de mes sensations en lâchant le moins possible la sensation de mon expérience de l’analyse comme utilisateur et comme ancien forma-teur.

 

VOTRE EXPERIENCE PERSONNELLE DE L’ANALYSE

Tout d’abord, peut-être en quelques mots, est-ce que la rencontre que vous avez faite de cet outil de l’analyse PRH a été importante pour vous ? En quoi ?

Par mes études, j’avais acquis des savoirs sur la psychologie humaine. Ces apports avaient amorcé des explications sur ce que je vivais sur le plan psychologique, ma timidité par exemple, mais cela demeurait très intellectuel et me laissait à distance de la vérité de mes sensations et de mes émotions. J’avais pourtant l’illusion de bien me connaître à cette époque ! La rencontre avec la psycho-pédagogie PRH a été un choc, j’ai vu s’ouvrir devant moi un champ immense, celui de ma vérité, celui de la vérité de tout un chacun, accessible… une désillusion face à ce que je pouvais me raconter sur moi, mon passé, mon évolution et une ouverture passionnante sur la psychologie abordée par le vécu à commencer par le mien…

Quels bénéfices avez-vous retirés de l’analyse de vos sensations dans votre vie personnelle ?

Le travail d’analyse vécu avec la méthode PRH a été le début d’un face à face avec moi-même, avec mon vécu, en vérité, d’une découverte et d’une acceptation progressive de ma part d’ombre et de ma part de lumière. J’ai découvert une forme d’humilité libératrice, assainissante face à mon réel et dans ma relation à autrui. J’ai vu cette peur des autres souvent paralysante qui s’exprimait par ma forte timidité s’atténuer considérablement. J’ai l’impression de pouvoir compter sur une forme d’intelligence interne pour vivre mon quotidien bien collé à ma réalité. Ma pratique de l’analyse m’a énormément aidé à écouter les analyses des autres lorsque j’étais formateur, et m’a grandement facilité l’accès à une certaine clarté dans mes écrits.

Vous avez une formation de psychologue. Vous avez connu et expérimenté d’autres approches pour se connaître. Quelles sont les caractéristiques de l’analyse PRH ? En quoi est-ce différent, spécifique, par rapport à d’autres approches ?

Cette prise en compte du vécu de la sensibilité et du corps par l’intelligence comme voie d’accès au réel ne date pas de PRH. Déjà, Aristote avait fait de telles observations sur l’importance du ressenti pour la connaissance. Plus récemment, avec l’essor de la psychologie humaniste, de nombreux chercheurs se sont intéressés à cette voie de connaissance et y ont appliqué des méthodes spécifiques (la psychothérapie centrée sur la personne de Rogers, le Focusing de Gendlin, les travaux sur l’intelligence émotionnelle de Goleman…)

Ce qui caractérise l’analyse PRH, c’est d’avoir réussi non seulement à structurer une méthode pour analyser son vécu psychologique à partir de l’observation ce que les gens font naturelle-ment, mais également à mettre à la portée de tous une formation qui permet un apprentissage conscient de cette méthode. Comme autres caractéristiques, citons le rôle de l’écrit et l’autonomie permise par cette méthode, le partage de ses analyses à d’autres, l’utilisation des associations spontanées de sensations entre elles pour s’enfoncer plus profondément vers leur point d’émission, la référence au système explicatif de la personne PRH

Diriez-vous que l’analyse de sensations est aujourd’hui un point fort de l’approche PRH ? Si oui, pourquoi et en quoi ?

C’est incontestablement un élément clé de toute la pédagogie PRH. Il procure à la personne un moyen de recherche très affûté avec lequel elle a toute chance de se rencontrer, de se décou-vrir, de se comprendre et de progresser.

 

FINALITES DE L’ANALYSE PRH

Au fond, pourquoi est-il utile de s’analyser ? Qu’est-ce que cela apporte ? Philosophie Magazine titrait, il y a quelques mois : « Est-il utile de se con-naître ? » Si oui, pourquoi ?

S’analyser, – comme écouter, parler, créer, aimer, pardonner, se questionner …- compte pour moi parmi les actes les plus éminents qu’une personne puisse faire dans sa vie. S’analyser ap-porte de la lucidité sur ce qu’on vit. On passe d’une impression, de sensations floues, à des mots précis qui décrivent exactement ce qu’on éprouve et d’où cela vient. Cette lucidité est aus-si utile pour la personne que des phares pour un conducteur la nuit. Sans analyse, nous res-tons dans le vague, dans l’obscurité de notre inconscience, à la superficie de nous-mêmes, ou dans des schémas et des représentations parfois fort éloignés de la réalité. S’analyser rend intelligent et libre, ça établit la personne dans un lien exigent et vitalisant avec sa vérité. S’analyser apaise à terme, car la vérité, aussi difficile soit-elle à accepter sur le moment, est une source de libération et de sérénité dans le temps. Il y a un lien évident aussi entre l’analyse de soi et la confiance en soi. C’est parce que nous connaissons nos potentialités et nos limites que nous pouvons décider de manière réaliste et que nous pouvons oser entreprendre.

Et puis, un effet secondaire qui n’est pas des moindres, c’est l’intelligence que son propre tra-vail d’analyse nous donne sur le vécu des autres. Il y a une forme d’empathie qui nous fait sen-tir avec souvent justesse ce que l’autre est en train de vivre intérieurement.

L’analyse PRH n’est pas le seul mode de connaissance de soi. Pourquoi PRH a-t-il privilégié celui-là ?

Il y a beaucoup de moyens pour se connaître, et c’est heureux, ainsi chacun peut trouver le moyen qui lui correspond bien à l’étape où il en est. Faire une étude graphologique, passer des tests psychologiques, faire un bilan de compétence, s’engager dans un travail sur soi par la psychothérapie ou grâce à un accompagnement avec un professionnel, mais aussi prendre un peu de recul en parlant avec un proche, échanger, parler de ses aspirations, de ses difficultés peuvent être autant de moyens (non exhaustifs) pour se connaître. Si l’école PRH a privilégié l’analyse du ressenti, c’est lié essentiellement à l’objectif de croissance de la personne que PRH poursuit. Certaines personnes peuvent en effet accumuler beaucoup de connaissances sur elles-mêmes par des tas de moyens, sans que ce savoir ait un impact sur leur croissance. Il y a une dimension très existentielle, expérientielle à l’approche PRH.

C’est la relation consciente de la personne avec son expérience interne qui va la faire bouger, il y a là une dynamique de croissance très spécifique dans cette forme d’analyse.

Est-ce qu’on peut apprendre des connaissances nouvelles par l’analyse ? de quel ordre ?

C’est souvent étonnant pour les personnes elles-mêmes qui pratiquent l’analyse, de réaliser combien elles s’enrichissent peu à peu d’un capital de connaissances qu’elles n’auraient pas même supposé acquérir. Des connaissances sur elles-mêmes, leur identité, leur fonctionne-ment, leur vocation, leurs mécanismes de défense, leur relation aux autres, mais aussi des con-naissances sur la psychologie, sur les mécanismes de la croissance, sur les mécanismes qui régissent les relations humaines, etc. Ajouté à cela, il y a toutes les connaissances qu’apporte l’analyse des sensations à contenu de connaissance. Par exemple, dans le livre je me suis inter-rogé sur ce qu’est une intuition. Le champ de connaissances est là inépuisable !

Vous affirmez que la capacité de vivre des relations harmonieuses est di-rectement proportionnelle à sa capacité d’analyser ses sensations. Pouvez-vous développer cette affirmation audacieuse ?

L’inconscience, le déni, le refus de regarder la vérité en face, le refus de s’écouter soi-même ou d’écouter l’autre, le refoulement de ses émotions, la justification, le jugement, la projection de ses propres conflits internes sur l’autre, tout cela et bien d’autres attitudes ou comportements pourrissent les relations au quotidien et amènent souvent à une désespérance quant à l’avenir de telles relations. A l’inverse, l’analyse des sensations se révèle une voie très prometteuse pour établir chacun dans une recherche de vérité, d’acceptation, d’affirmation légitime, de remise en cause salutaire. L’harmonie des relations ne résulte pas d’un hasard, ou seulement « d’atomes crochus », mais bien d’un travail sur soi, source d’ajustements et de paix.

Peut-on envisager que l’analyse PRH ait aussi une forme d’impact social ?

L’humanité a franchi un seuil fondamental dans son humanisation lorsqu’elle a commencé à développer un vocabulaire lui permettant d’exprimer ce qu’elle ressentait intérieurement. Dès ce moment, l’humanité a commencé à pouvoir participer à sa propre évolution, rompant avec la loi du « tout instinct » qui régissait sa vie. Développer la capacité d’analyse des personnes par des méthodes efficaces, c’est favoriser la conscience de l’humanité dans son immense gisement de ressources, c’est aussi l’aider à prendre conscience de ses dysfonctionnements et de leurs racines en chacun ou dans les structures sociales, pour pouvoir y remédier. Quand je vois à l’échelle d’une personne le pouvoir de transformation que permet un peu plus de conscience de soi, je me dis combien cette transformation sociale en vue d’une humanité plus humaine aurait d’impact si de plus en plus de personnes développent leur capacité d’analyse avec l’outil de leur choix.